
Le dernier jour nous pensions tous que nous ne pourrions aller plus loin que ce que nous avions vécu, qu'il n'y aurait pas d'intensité plus haute.
Nous n'avions pas envie d'y être ce jour là, c'était comme le début d'un deuil et c'était comme la peur de perdre, de gâcher ce que nous avions vécu là...peut-être effacer la magie ?
Nous savions que l'attitude est ce qu'il faut maîtriser , non selon des normes mais selon un ajustement créateur à recommencer chaque fois et chaque fois neuf.
Nous savions que le chemin est le but.
Nous comprenions que l'arc est prolongement de nous, tout sauf une arme, l'arc est un archet qui s'accorde à l'archer pour lui faire donner sa musique.
Nous avions senti que la flèche est le maître.
Nous avions pu vivre qu'il n'y a pas de séparation..
Quoi de plus ?
Nous en sommes tous là : nous serrons notre bonheur de peur de l'avoir rêvé, de peur de le perdre et , hommes de peu de foi, nous le broyons...
Nous y sommes allés tout de même, par respect pour les autres.
Tant pis, on nous avait déjà fait le coup de nous annoncer que "St Nicolas ça n'existait pas " et nous avions survécu...
Jan, notre guide, avait ce jour-là, une histoire particulière pour chacun, une histoire "dédiée" qui lui était apparue comme pertinente à mesure qu'il apprenait à nous connaître au travers de notre rencontre avec l'arc .
Puis nous avons pris l'arc une dernière fois...
Je me place parrallèle à la cible, je rencontre mon espace intérieur et extérieur, moi, les autres, l'arc, il n'y a pas de séparation, je suis tout cela dans une conscience aigüe.
Le mouvement unique , arrondi, la flèche vient se placer.
Je me sens extraordinairement puissante, je me sens minuscule dans la main de quelquechose qui me dépasse et je suis d'accord avec cela.
Je regarde la cible et ....
Soudain, il se passe une chose inouïe : la cible vient vers moi, littéralement je la vois venir très vite vers moi , je tourne mon regard et en même temps la flèche se décide....
Au moment exact où elle va se planter en plein centre je vis un choc physique et émotionnel intense , comme si la "cible" était en moi, à hauteur de mon coeur.
La flèche m'a frappée en plein coeur .
Ma joie est aussi silencieuse qu'exhaltée.
Je ne peux plus dire un mot.
J'ai la certitude que je suis "rentrée à la maison".
Mais je ne sais pas encore l'énorme portée que tout cela aura sur la suite de mon existence.
Je n'ai plus touché d'arc depuis, je n'en ai pas besoin.
Dans toutes les situations de ma vie je le sens dans ma main, je m'ajuste en prenant la plus parfaite position d'accueil et d'écoute, je recommence le geste sans tension jusqu'à ce qu'il se fasse d'un seul tenant, j'accepte la décision de la flèche...
Mon coeur reçoit quand le moment est venu.
Je rentre toujours chez moi après chaque voyage dans la douleur, dans la déception, dans le bouleversement, dans la peur, dans le pays d'un autre, pourvu que je me souvienne de la leçon en moi :
observer sans vouloir et sans juger
être parfaitement moi en accord avec tous mes morceaux et avec l'environnement tel qu'il est ici et maintenant
Faire ce qu'il y a à faire sans hésiter , d'un seul tenant pour "poser " l'acte, la question
Poser le regard, l'intention fermement et avec confiance
Lâcher : le reste ne m' appartient pas et tout travaille pour moi.
Pour vous ce n'est qu'une histoire, mais puisse-t-elle vous ouvrir la porte qui vous emmènera vers une expérience de cet ordre...Il n'est pas nécessaire d'avoir un arc et de connaître Jan...
N'importe quelle circonstance peut vous mettre en situation.
Ne dit-on pas que quand l'élève est prêt, le maître vient ?
Il m'est venu ainsi parce que j'avais besoin de cette clairière, de cet homme banal en apparence, de cette chose étrangère à mon paysage "l'arc", de ces histoires...
Ne cherchez pas l'arc...
Cherchez le coeur!