mercredi 19 décembre 2007

Arc 6

Nous mêmes...

C'est quand notre grand fort s'est mis à pleurer que nous nous en sommes rendu compte.

Là où nous allions c'était vers un espace sans certitude au centre de nous, là où nous allions nous ne pouvions y aller armés fût-ce d'un arc... Les apparences sont trompeuses: nous ne tirions pas à l'arc, c'était l'arc qui nous tirait.

Là où nous allions, il y avait les autres.

Ce jour là nous avons fait deux choses : nous avons laissé à la flèche l'occasion de faire son trajet vers nous et nous avons rencontré les autres.
Je vous explique : quand votre demi-cercle est parfaitement accompli, vous sentez dans tout votre être que la flèche a une volonté propre et qu'elle "veut " partir.
Vous pourriez croire, comme nous le croyions, (surtout le grand fort qui s'obstinait à vouloir tirer et ratait sans cesse la cible qu'il visait ...) que le but étant de parvenir à la cible, il est facile de lâcher la cible...
je vous rappelle que la "cible" nous ne pouvions plus la regarder, il fallait donc lâcher à l'aveugle...
Et alors, me direz-vous, la belle affaire, on lâche, on s'en fout!

Point du tout.

Pour lâcher il faut avoir lâché à l'intérieur... lâché l'idée même du but, l'idée même que nous ayons un quelconque contrôle sur la situation, l'idée même de nous en train de faire ce que nous faisons ou semblons faire...
Plus la flèche voulait partir plus je me battais pour la placer ou replacer comme je le désirais...
Et notre guide me faisait tout reprendre depuis le début...

Il faut le vivre ce que je vous dit là.

Mais vous connaissez ça: s'acharner à vouloir que les choses se passent comme on a prévu ou désiré même si de topute évidence nous sommes dans une impasse;...?
Quand enfin on se résout, il en résulte une sorte de stupeur et un intense soulagement.
Nous avons commencé à agir deux par deux dos à dos.
Sentir l'autre comme on a appris à sentir tout le contexte...
les observateurs pouvaient voir ce miracle : peu à peu les respirations s'accordaient puis en même temps ils levaient leurs arcs, en même temps ils tiraient, et les flèches se croisaient presque toujours pour arriver ... dans la cible.

Chaque fois ! Dedans !

C'était du délire entre les deux qui agissaient ensemble : certains se regardaient ensuite comme s'ils s'apercevaient qu'ils se connaissaient depuis toujours, d'autres éclataient en sanglots, d'autres encore se jetaient au cou l'un de l'autre et s'étraignaient avec exhubérance ou avec émotion;(ce fut mon cas et j'ai gardé un indéffectible lien d'amitié profonde avec mon compagnon..;vous voulez savoir ? le Parisien trappu.)

Mais le dernier jour fut le plus fort pour moi...

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