dimanche 9 mars 2008

Longtemps sans vous parler...


Cest que la vie me prend tout mon temps.

Je pense à vous, qui regardez l'écran et y tapotez vos appels, vos réponses.

J'aimerais être dans ce tissu, toujours...parfois, je manque de mots.

Ou ce qui vient n'est pas des mots.

Je voudrais danser.

Je voudrais dessiner;

Les mots prennent du temps à venir, et quand ils arrivent, ce n'est déjà plus cela ou pas encore.

Je me tais mais je pense à vous

mardi 29 janvier 2008



J'ouvre la fenêtre sur un soleil blanc qui rend déjà une odeur de bourgeon, deux femmes en marchant, conversent...je les entends sans les voir derrière mes haies sauvages.

D'en bas monte l'odeur du café que mon locataire prépare..;il a des peines d'amour et est si mal qu'il oublie de fumer.

en plus, hier, je lui ai demandé de partir.

Nécessité pour moi d'être enfin seule dans mon lieu, comme je le suis en moi.

Plus de bruit.

Ou quand il y aura un bruit...plus de rassurance.

Plus de bras sauveurs quand quelquechose de lourd est à porter.

Plus de voiture devant la porte pour décourager les intrus.

Une pièce de plus en somme sera vide ici, non destinée.

Pourtant, il le fallait.

Chaque pièce où je suis est bastion.

Que sera une maison où il n'est que de fermer la porte d'entrée ?

Les intrus, certes, seront dehors..mais ce vide dedans, qui l'occupera?

Il n'y aura que le souvenir d'un intrus plus présent, l'évidence de la marque qu'il a laissée.

Le soleil, après ma réflexion, descend derrière les arbres noirs,on dirait un oeil orangé qui amorce ma douleur.

Dans mes hanches prisonnières, une femme de chiffon s'affaire.

"tu" es là.Partout où la beauté s'enlace à son regard .Une brûlure immédiate accompagne l'élan de tendresse fracassé à ton absence.

Elle est témoin impuissant du geste violent , comme d'un poing qui tire le garot et casse net, à hauteur de nez, le souffle et l'innocence.

Pas un cri. Défiguré le visage de l'amour.Abîmé.

Et quelqu'un en elle préfère regarder ailleurs,ne plus voir le soleil qui s'éteint dans son éclat même.

Victime de l'impact. Victime car elle avait le visage dans ta main et ne voulait voir que toi , intrus depuis toujours en elle et qui soudain s'en arrachait avec son regard et son souffle..elle s'absente.

Tous les printemps sont des mensonges qui ne fleurissent pas de toi.

Tous les soleils l'aveuglent sans la réchauffer.

Elle fait semblant d'être vivante mais elle ne vibre plus qu'à ces rares instants où la tendresse la pénètre par effraction,leur chant de sirène dont elle se protège attachée au mât de ses activités.

Autour d'elle, les compagnons sont des passants, ils nouent des fils qui ne la nouent pas à eux.

Son ventre mort est marionnette, un instant, quand ils en trouvent les ficelles, mais nulle flamme ne s'allume et quand ils sortent de chez elle,elle ne les a jamais connus.

Ils ne laissent pas de traces dans ses sables,seul ton nom y demeure.

Ces adieux entre nous enfin, après le long silence, après l'arrachement muet et violent,ces discours superbes où chacun remercie et retourne à son lopin , sa zone de contrôle,ne sont que des mots.

Ils volètent un moment, feuilles mortes,et l'arbre nu, toujours debout, saigne dans son hiver.

Comment se séparer?

Chiffon mon amour tombé dans la nuit.

Momie de notre histoire...que je craindrais de voir se relever...car, que nous veut le mort qui ne reste pas mort??

Il n'est que de tomber.

La nuit vient.

Elle tombe avec moi,sur mon masque orangé qui me torture les pommettes,sur la distance infranchissable entre ta main et ma bouche endeuillée.

Mon cri se couche sous le bâillon épais et mon regard se noie comme un cristal roulé dans un chiffon serré.

dimanche 13 janvier 2008

Dimanche


Devant ma fenêtre mes 40 ares de jardin sont le lieu d'une terrible bataille: dans les haies , la verdeur du troëne , l'érable et son réseau, le charme élancé et l'agressive vigueur de l'aubépin s'efforcent vers le ciel encore loin et les fils électriques beaucoup plus proches en vue d'une illumination radicale.
Dans les parterres où la mousse a posé son bâillon, les rosiers poignardent les hortensias sous l'oeil indifférent de cette gouape d'arbre à papillon qui sait qu'il n'a rien à craindre de l'hiver et de ses congénères.
La lavande cherche à fuir et ça lui donne un air de balai de sorcière.
Mon regard, passant à gué sur les 38 terrils des taupes probablement transgéniques, comprend avant d'avoir atteint les noisetiers du petit bois au bout là-bas, que je devrai définitivement cesser d'appeler "gazon" ma prairie ce printemps...D'ailleurs il n'y avait plus que moi pour m'obstiner à nier l'évidence: ici le sauvage l'emporte sur le domestique, le foisonnement sur la discipline- c'est le bon côté-mais aussi c'est comme une friche à laquelle manque un outil- au bout d'un bras- au bout d'une détermination qui ne serait pas la mienne- éclairée par deux beaux yeux qui me regarderaient verser le verre de récompense le soir et préparer le repas ...etc

Dimanche.
Absence de ces yeux-là.
Plein d'autres ...pas là aujourd'hui.
Plein d'autres aimés, aimants...pas avec un outil au bout.

Seule dans ma friche, je trouve l'hiver bon qui me permet de me reposer au lieu de rentrer dans la bataille végétale .
Finalement.

"avoir" un bébé


Quelques expressions de la langue française sont extrêmement curieuses; elles véhiculent des croyances qui sans doute nous emprisonnent dans un mode de fonctionnement matérialiste, où l'être devient objet sans que nul ne s'en inquiète , où les ressentis se transforment en possessions.Comment s'étonner alors que nous nous en départissions si difficilement ?




Ainsi on dit : avoir peur, mal,faim, froid,du plaisir,etc .




Vous me direz que contrairement à nos homologues germaniques nous jouissons de l'avantage de ne pas nous identifier totalement à ce que nous éprouvons...ce serait exact si nous n'avions pas aussi la fâcheuse manie de nous identifier à ce que nous avons, justement : une belle voiture, un beau salaire, de beaux vêtements, un mari (beau accessoirement) ...


Le mot le plus souvent employé dans la langue française est "faire" ...c'est pas mal non plus:


faire un travail, faire l'andouille, faire peur, faire l'université, se la faire ...


Nous semblons croire que nous sommes des dieux , qu'il n'y a personne , rien au delà , tout est notre fait !


Faire et avoir s'épousent parfaitement: quand vous faites peur, l'autre a peur, quand vous faites un travail, vous avez un salaire, quand vous vous la faites, vous l'avez eue, quand vous faites l'andouille c'est l'autre qui vous a, après avoir fait un bébé, on a un bébé...




Enfin...c'est là que je veux en venir...Parfois on fait un bébé, et il se carapate au bout de 1, 4, 9 mois de gestation ou juste avant de vous regarder dans les yeux, ou juste après ...ou n'importe quand ...avant vous.


Parfois on s'entête à faire un bébé qui s'entête à ne pas venir.




Alors on fait un bébé et on n'a pas de bébé...




Et ça fait mal,ça, comment dire combien ça fait mal ?


Qui suis-je pour ne pas avoir le droit d'entrer dans la grande ronde de la vie?


Qu'est-ce que je vaux quand n'importe quelle femelle sans mérite peut avoir un bébé ?


Qu'est-ce que j'ai fait de mal pour être ainsi dépossédée ?




J'ai connu ça. Voilà.


Changer les mots m'a aidée.


Changer le regard m'a aidée.




Les mots:


Il faut savoir ceci: pour que le bébé vienne il n'y a rien à faire.


Donc on peut faire tout de travers ou tout bien c'est kif kif . On serait juste cet espace, où il convient à une âme de venir cheminer un bout, achever un "travail" sur terre, cette auberge où elle trouvera ce qu'il lui faut.




Le regard:


je vais vous raconter une petite histoire...




Un jour, j'étais à l'hôpital,suite à une fausse (en voilà encore un bizarre) couche.


Quelques étages plus haut( les maternités sont près du ciel), ma belle-fille venait d'avoir son deuxième.




Toute courbée sur mon ventre vide, je suis allée la voir.




On m'a derechef, sans demander mon avis,mis le bébé dans les bras!!!!!


Je mets plein de points d'exclamation, j'ose espérer qu'en dehors de la béatitude aveuglante d'une récente maternité, personne n'aurait eu la cruauté de mettre dans les bras d'une femme au ventre en deuil la preuve braillante de la victorieuse conformité utérine d'une autre femme...




Lapsus, brouillard mi-exténué mi-fier...je ne lui en ai pas voulu vraiment ...avec ma tête...




Mais sur le coup, il y avait en moi, sous la surface du lac de larmes, une intense colère:


Je ne voulais pas de celui-là,rempli de l'odeur de sa mère, je voulais le jeter par terre, je voulais que ça n'ait jamais existé..




Puis le paquet s'est tu et a tourné la tête vers moi.




Un regard grave , profond, sans émotion, sans question,un regard comme déjà vu...


Il m'a enseigné.




Mon ventre avait cessé d'être vide pour devenir spacieux, cessé d'être blessé pour devenir tendre




J'ai su, là, qu'il n'est pas besoin de posséder pour jouir, pas besoin de dire "à moi" pour être heureux, pas besoin "d'avoir" un bébé pour être mère...d'ailleurs à qui "était-il" ce bébé ??




J'ai appris par ce tout petit arrivant que le bonheur de l'un EST le bonheur de tous.