
J'ouvre la fenêtre sur un soleil blanc qui rend déjà une odeur de bourgeon, deux femmes en marchant, conversent...je les entends sans les voir derrière mes haies sauvages.
D'en bas monte l'odeur du café que mon locataire prépare..;il a des peines d'amour et est si mal qu'il oublie de fumer.
en plus, hier, je lui ai demandé de partir.
Nécessité pour moi d'être enfin seule dans mon lieu, comme je le suis en moi.
Plus de bruit.
Ou quand il y aura un bruit...plus de rassurance.
Plus de bras sauveurs quand quelquechose de lourd est à porter.
Plus de voiture devant la porte pour décourager les intrus.
Une pièce de plus en somme sera vide ici, non destinée.
Pourtant, il le fallait.
Chaque pièce où je suis est bastion.
Que sera une maison où il n'est que de fermer la porte d'entrée ?
Les intrus, certes, seront dehors..mais ce vide dedans, qui l'occupera?
Il n'y aura que le souvenir d'un intrus plus présent, l'évidence de la marque qu'il a laissée.
Le soleil, après ma réflexion, descend derrière les arbres noirs,on dirait un oeil orangé qui amorce ma douleur.
Dans mes hanches prisonnières, une femme de chiffon s'affaire.
"tu" es là.Partout où la beauté s'enlace à son regard .Une brûlure immédiate accompagne l'élan de tendresse fracassé à ton absence.
Elle est témoin impuissant du geste violent , comme d'un poing qui tire le garot et casse net, à hauteur de nez, le souffle et l'innocence.
Pas un cri. Défiguré le visage de l'amour.Abîmé.
Et quelqu'un en elle préfère regarder ailleurs,ne plus voir le soleil qui s'éteint dans son éclat même.
Victime de l'impact. Victime car elle avait le visage dans ta main et ne voulait voir que toi , intrus depuis toujours en elle et qui soudain s'en arrachait avec son regard et son souffle..elle s'absente.
Tous les printemps sont des mensonges qui ne fleurissent pas de toi.
Tous les soleils l'aveuglent sans la réchauffer.
Elle fait semblant d'être vivante mais elle ne vibre plus qu'à ces rares instants où la tendresse la pénètre par effraction,leur chant de sirène dont elle se protège attachée au mât de ses activités.
Autour d'elle, les compagnons sont des passants, ils nouent des fils qui ne la nouent pas à eux.
Son ventre mort est marionnette, un instant, quand ils en trouvent les ficelles, mais nulle flamme ne s'allume et quand ils sortent de chez elle,elle ne les a jamais connus.
Ils ne laissent pas de traces dans ses sables,seul ton nom y demeure.
Ces adieux entre nous enfin, après le long silence, après l'arrachement muet et violent,ces discours superbes où chacun remercie et retourne à son lopin , sa zone de contrôle,ne sont que des mots.
Ils volètent un moment, feuilles mortes,et l'arbre nu, toujours debout, saigne dans son hiver.
Comment se séparer?
Chiffon mon amour tombé dans la nuit.
Momie de notre histoire...que je craindrais de voir se relever...car, que nous veut le mort qui ne reste pas mort??
Il n'est que de tomber.
La nuit vient.
Elle tombe avec moi,sur mon masque orangé qui me torture les pommettes,sur la distance infranchissable entre ta main et ma bouche endeuillée.
Mon cri se couche sous le bâillon épais et mon regard se noie comme un cristal roulé dans un chiffon serré.
1 commentaire:
Où il est qestion du désir et de l'envie.. Du désir d'être seule mais du besoin d'être aimée, à moins que justement ce ne soit l'inverse... un besoin profond de "se retrouver", mais une peur toute légitime de "se retrouver seule".
La vie nous entraine parfois contre notre plein gré sur des montagnes russes. Mais la torture a toujours une fin.
Des bisous à gogo..
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